Le dessalement est passé, en cinquante ans, du statut de curiosité coûteuse à celui d'infrastructure de base pour des régions entières. La raison tient en un chiffre : la consommation électrique par mètre cube produit a été divisée par dix.
Un marché mondial en croissance continue
La capacité mondiale de dessalement atteignait environ 100 millions de m³ par jour en 2020, avec une croissance d'environ 7,5 % par an depuis 2010, répartie sur plus de 21 000 stations en 2022.
L'Espagne constitue le cas européen de référence : plus de 900 usines pour environ 1,8 million de m³ par jour, dont l'usine du Llobregat qui alimente l'agglomération de Barcelone à hauteur d'environ 200 000 m³ par jour. Ces chiffres espagnols proviennent de sources secondaires que nous n'avons pas pu recouper sur une publication officielle ; nous les donnons comme ordre de grandeur.
De 20 à 2 kWh par mètre cube
Dans les années 1970, dessaler un mètre cube d'eau de mer demandait environ 20 kWh. Aujourd'hui, l'osmose inverse consomme :
- environ 2 kWh/m³ pour l'étape membranaire seule ;
- jusqu'à 4 kWh/m³ pour une installation complète, prise d'eau, prétraitement, pompage et post-traitement compris.
Cette division par dix ne vient pas d'une rupture unique mais de l'accumulation de progrès : membranes plus perméables, systèmes de récupération d'énergie sur le concentrat — qui restituent l'essentiel de la pression du rejet —, et optimisation du taux de conversion.
La limite physique que personne ne franchira
Séparer le sel de l'eau demande un travail minimal, fixé par la thermodynamique. Pour de l'eau de mer, ce minimum théorique est d'environ 536 Wh/m³.
Les installations actuelles à 2 kWh/m³ fonctionnent donc à environ quatre fois le minimum théorique. C'est déjà remarquable pour un procédé industriel. Mais cela signifie aussi que les gains futurs sont bornés : on peut espérer approcher 1,5 kWh/m³, pas 0,2. Toute annonce promettant une rupture d'un ordre de grandeur sur l'osmose inverse doit être accueillie avec scepticisme.
Le piège des chiffres annoncés
Trois précautions à prendre devant une consommation annoncée :
- Quel périmètre ? L'étape membranaire seule ou l'installation complète ? L'écart est du simple au double.
- Quelle salinité d'entrée ? Dessaler de l'eau saumâtre (1 à 10 g/L) demande bien moins d'énergie que de l'eau de mer (environ 35 g/L). Les deux sont parfois présentés sous le même terme.
- Quel taux de conversion ? Produire 45 % d'eau douce à partir du volume prélevé n'a pas le même coût énergétique que d'en produire 35 %, et cela change aussi la salinité du rejet.
Nous ne publions pas de coût au mètre cube en euros : nous n'avons pas trouvé de source primaire fiable et actualisée sur ce point. Le coût dépend trop du prix local de l'électricité, du taux d'utilisation de l'installation et du mode de financement pour qu'un chiffre unique ait un sens.
Le cas particulier du dessalement mobile
Une unité mobile ne se compare pas à une usine côtière. Elle est optimisée pour d'autres critères : temps de mise en service, encombrement, robustesse au transport, tolérance à une qualité d'eau d'entrée variable. Son coût énergétique au mètre cube est plus élevé qu'en installation fixe — c'est le prix de la mobilité.
Sa pertinence se juge donc sur des critères qui ne sont pas énergétiques : continuité d'activité après un événement, desserte d'un site isolé, mission humanitaire, chantier ou site industriel non raccordé. Sur ces usages, la question n'est pas « combien coûte le mètre cube » mais « que coûte l'absence d'eau ».
À retenir
- Capacité mondiale d'environ 100 millions de m³/jour en 2020, en croissance de 7,5 % par an depuis 2010.
- L'osmose inverse consomme environ 2 kWh/m³ pour l'étape membranaire, jusqu'à 4 kWh/m³ pour une installation complète, contre 20 kWh/m³ dans les années 1970.
- Le minimum thermodynamique est de 536 Wh/m³ : les gains futurs sont physiquement bornés.
- À 2 kWh/m³, le dessalement produit ~500 L/kWh, contre 0,2 à 2,5 L/kWh pour un générateur atmosphérique.
- Toujours demander le périmètre, la salinité d'entrée et le taux de conversion derrière une consommation annoncée.
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Sources
- Connaissance des Énergies — Le dessalement de l’eau de mer, 16 juillet 2024
- Lord, J. et al., Nature 598, 611-617 (2021) — comparaison des rendements de production d’eau
- Eaufrance — La réutilisation des eaux usées traitées
Les données citées valent à la date de publication indiquée. Les séries statistiques et les textes réglementaires évoluent : reportez-vous aux sources originales pour la version en vigueur.

